Trias en Tunisie

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Trias du Nord tunisien (Ph. N. Boukadi)

En Tunisie, les séries attribuées au Trias (- 250 à – 200 Ma)  sont bien représentées à travers tout le pays et correspondent généralement, du Nord au Sud, à trois faciès différents.

Dans l’Extrême Nord du pays, le Trias des massifs de l’Hairech et de l’Ichkeul correspond à un faciès particulier, formé généralement par des roches métamorphiques. Au Jebel Hairech, situé à quelques km à l’Ouest de Jendouba, le Trias correspond à un faciès très particulier, formé généralement par des roches gréso-pélitiques, légèrement métamorphiques et des schistes bien lités, alternant avec des petits bancs de grès, de dolomies rousses et de cargneules à Equisitites et Myophories et qui sont scellées par les dolomies liasiques dites marbres de Chemtou. La présence d’Equisetites et de Myophories atteste de l’âge triasique de cette série  (Rouvier, 1985).

Plus au NE, au niveau du Jebel Ichkeul, situé à quelques km au SW de Bizerte et qui domine le lac du même nom, le Trias correspond à une épaisse série exclusivement carbonatée avec des calcaires et des dolomies, légèrement métamorphisés qui se présentent en gros bancs épais, avec un grand développement de phyllites et de feldspaths et la présence de  Miophories. La base de cette série, qui constitue le noyau de la structure anticlinale de ce massif, montre des niveaux de dolomies jaunes et de cargneules. Sur le flanc nord de cette structure, une puissante série de calcaires métamorphiques blancs (100 m) du Lias est exploitée comme  marbre de l’Ichkeul.

Plus au Sud et au niveau de l’Atlas septentrional et malgré leur disposition chaotique, les séries triasiques sont facilement reconnaissables par leur teinte bariolée et par la présence presque constante de dolomies et de cargneules. Ces dépôts chaotiques, regroupés sous le vocable de complexe salifère ou diapirs sont formés par un ensemble de corps lenticulaires argilo-gypseux, calcaréo-dolomitique et localement gréseux et qui sont généralement limités par des contacts tectoniques avec les  séries encaissantes. 

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Domaine des diapirs

Les meilleurs affleurements de ces diapirs, qui sont généralement orientés selon une direction SW-NE, sont ceux des Jebels Débadib (538 m), Ben Gassar, Ech Cheid (764 m), Baouala, Lansarine (568 m) et Thibar.

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Trias de la piste d’Hm. Mellègue (SW Kef)

Ces dépôts triasiques chaotiques, sont par endroit, associées à des roches vertes, communément désignées par le terme d’ophites, correspondent généralement à des épanchements sous-marins de lave basique.

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Roches vertes du Trias

En Tunisie centrale, les affleurements triasiques qui sont rares et souvent en contact anormal avec le Jurassique, montrent au niveau de l’Axe Nord-Sud et particulièrement au Jebel Rhéouis, une série relativement complète, nettement stratifiée et qui correspond à des gypses massifs avec quelques lits de calcaires dolomitiques et de dolomies.

Au Jebel Rhéouis, situé à quelques km au Sud de Faid, entre Sfax et Sidi Bou Zid, Burollet (1956, p. 27) a pu décrire dans le Trias et de haut en bas, sur une épaisseur de 1.800 m, la coupe suivante : Tr 7. Des gypses supérieurs blancs compacts avec des argiles rouges (150 m).  Tr 6. Des silts supérieurs avec des argiles rouges (60 m). Tr 5. Des bancs de calcaires jaunes alternant avec des argiles, des silts, des sables et des grès à stratifications entrecroisées (40-50 m), qui ont livré des Myophories goldfussi, des Terebratula et parfois des Equisetites.

Trias du Jebel Rhéouis
Trias du Jebel Rhéouis

Tr 4. Des gypses moyens avec des veines d’argile ou de silts et des lits de dolomie ou de cargneules avec de fréquents cristaux de dolomite et de quartz bipyramidés (850 m). Tr 3. Des calcaires noirs et dolomie à moules d’Ostréidés (150 m). Tr 2. Des silts et des argiles inférieures avec des intercalations de gypse (200 m). Tr 1. Des gypses inférieurs blancs, massifs et compacts (200 m).

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Coupe du Trias du Jebel Rhéouis (Burollet, 1956)

Pour Soussi (2002, p. 32) et en se basant sur des associations palynologiques, la série du Rhéouis serait essentiellement Ladinien-Carnien.

Dans le Sud tunisien, les dépôts triasiques d’apparence relativement calmes et continus, sont largement répandus et occupent pratiquement toute la plaine de la Jeffara et la partie orientale des premières falaises du plateau du Dahar. Ces dépôts qui reposent en discordance sur les grès de Chéguimi du sommet du Permien de Tébaga, correspondent de bas en haut à la succession des termes litho-stratigraphiques suivants :

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Trias du Sud tunisien (Plaine de la Jeffara Ph. Y. Houla)

– Les Grès et les argiles de Bir Mastoura qui ont été recoupés à l’Ouest de Ben Gardane, par le sondage pétrolier de Bir Mastoura (BMT.1), débutent par des argiles brunes indurées et des mlarnes grises, se poursuivent par des grès rouges quartzitiques alternant avec des grès blancs grossiers, des carbonates à intercalations de grès rouges et se terminent par des grès dolomitiques alternant avec des argiles grises et des marnes. Cette série renferme des Retusosporites diversiformis qui indiquent le Trias inférieur (Mém. ETAP, N° 4, 1993, p.13).

– Les Carbonates et les argiles de Bir el Jaja (Mennig et et al., 1963) qui ont été recoupés également par le sondge de Bir Mastoura 1 (BMT.1), correspondent à des carbonates et des argiles rouges qui reposent graduellement et en continuité sur les grès et argiles de Bir Mastoura. La présence de Meandrospira pusilla, d’Ostracodes et de Foraminifères atteste du caractère marin de ces dépôts et indique leur appartenance au Trias inférieur.

– Les Grès d’Ouled Chebbi qui ont été recoupés par le forage dans la Jeffara libyenne, et qui reposent en continuité de sédimentation sur les carbonates et les argiles de Bir Jaja, correspondent à des grès quartzitiques grossiers avec de fines intercalations d’argiles rouges. En surface, cette série affleure largement le long de la falaise de Béni Khédache, sous la discordance intra-triasique de Sidi Stout (Busson, 1967)

Trias du Sud tunisien (Plaine de la Jeffara)

– Les Grès de Kirchaou (Busson, 1967, p. 27) dont la partie supérieure correspond à des grès fins, lenticulaires, parfois conglomératiques et des argiles rouges, affleurent bien en plusieurs points du Sud tunisien (Plaine de la Jeffara) et forme ainsi les massifs des Jebel Kirchaou, Réhach et Sidi Toui. Il s’agit d’une série sédimentaire déposée dans un milieu fluvio-deltaïque à influence tidale. La partie inférieure de cette série qui a été recoupée au niveau du  forage Bir Mastoura 1 (BMT1, in. Chandoul et al., 1993, p. 20), correspond à une micrite massive laminée ou pseudobréchiques souvent bioturbées et à Myophories et qui repose en transgression sur le sommet des grès d’Ouled Chebbi, a été attribuée à l’Anisien – Ladinien.  .

– Les Dolomies de Mekraneb (Rakus, 1981-85) qui reposent par un contact net sur le sommet des grès de Kirchaou, s’étendent sur de grandes surfaces et occupent le signal (235 m) du Jebel Réhach, à l’Est de Tataouine. Cette série correspond à des bancs métriques de dolomies fossilifères à Conodontes, à laminations parallèles et à fines intercalations de marnes et d’argiles. Ces niveaux qui sont riches en Lamellibranches, Gastéropodes, Céphalopodes et des restes de Reptiles (Nothosauriens et Placodontes) et d’Amphibiens (Lapparent, 1954), qui indiquent le Carnien inférieur, se terminent par une grande surface durcie et ferruginisée.

– Les Grès de Touareg (Bouaziz, 1986, p. 21) qui occupent le Kef Touareg au Jebel Réhach, s’étendent largement à l’Est de Tataouine et correspondent à une série de conglomérats et de grès fins qui se poursuivent par des grès moyens à grossiers, friables, à galets mous et à stratifications obliques et qui témoignent d’un milieu deltaïque. Cette série est attribuée au Carnien inférieur.

– Les Dolomies de Réhach (Busson, 1967) qui occupent le plateau de la Jeffara, correspondent à une puissante masse de dolomie et de calcaire dolomitique à lamines algaires stromatholitiques qui sont bien litées et qui renferment des Ostracodes, des Brachiopodes, des Cœlentérés et des Echinodermes, attribuées au Carnien. Cette série qui indique un milieu marin relativement peu profond et qui se poursuit progressivement par la Fm. M’Hira,  est recoupée en biseau par les dolomies de Messaoudi.

Les Dolomies de Mekraneb, les Grès de Touareg et les Dolomies de Réhach forment dans la topographie de la région, une seule entité qui correspond aux grandes falaises les plus avancées de la plaine de la Jeffara et des Jebels Rehach et Sidi Toui.

– Les Argiles et gypses de Mhira (Bouaziz et al., 1987) qui sont généralement couvertes par des dépôts quaternaires, n’affleurent qu’au pied du Jebel Réhach et au bord de Sebkhet el Guine, sous la discordance de Sidi Stout. Il s’agit d’une série d’argiles rouges et vertes, avec des intercalations de grès bruns et de gypses fibreux devenant massifs vers le sommet et qui sont attribués au Carnien supérieur – Norien.

– La Discordance de Sidi Stout a une valeur régionale importante dans l’Extrême Sud tunisien et sépare la base des dolomies et brèches de Messaoudi, des autres termes sous jacents du Trias : les Argiles et gypses de Mhira, les Dolomies de Réhach, les Grès de Touareg, les Dolomies de Mekraneb ou les Grès de Kirchaou.

– Les Dolomies et brèches de Messaoudi (Bouaziz, 1986, p. 24) qui forment les collines d’Achaab el Messaoudi (cote 186 m), du Jebel Rehach, correspondent à une série transgressive qui débute au dessus de la discordance de Sidi Stout, ou les autres termes sous-jacents du Trias, par des conglomérats polygéniques, se poursuit par des bancs de grès et se termine par une importante dalle de dolomie bréchique.

Cette série qui passe latéralement et vers le haut aux Evaporites de Bhir, a été attribuée au Rhétien.

– Les Evaporites de Bhir (Bouaziz, 1986, p. 27) ou Evaporites inférieurs (Busson, 1967) qui marquent dans l’Extrême Sud tunisien, le passage entre le sommet du Trias et la base du Jurassique, s’étend largement à l’Est de Tataouine, dans la plaine de Ksar Bhir. Cette série débute par des argiles à intercalations de sel gemme, se poursuit par des dolomies laminées, en plaquettes et oolithiques et se termine par du gypse massifs fibreux et du sel gemme.

A la suite de la découverte  d’une riche faune de foraminifères benthiques (Kamoun et al., 1994), les Evaporites de Bhir ont été attribuées au Rhétien-Lias inférieur.

– Vers leur sommet, ces évaporites passent aux calcaires de Zmilet Haber qui pour longtemps étaient considérés comme la base du Lias (Busson, 1967). Mais suite à des découvertes plaéontologiques plus récentes, ces mêmes calcaires ont été rajeunis et attribués au Pliensbachien (Peybernes et al., 1985 ; Bouaziz et al., 1994).

Références bibliographiques

  • BOUAZIZ S., MELLO J. et DOUBINGUER J. (1987).- Les argiles et évaporites de Mhira : Nouvelle formation d’âge carnien supérieur-norien de la Jeffara (Tunisie méridionale). Analyse palynologique.- Notes du Serv. Géol. n° 54, pp. 25-39.
  • BOUAZIZ S. (1986).- La déformation dans la plateforme du Sud tunisien (Dahar et Jeffara). Approche multiscalaire et pluridisciplinaire.- Thèse sp. Tunis, 1986, 180 p.
  • BUROLLET P. F. (1956).- Contribution à l’étude géologique de la Tunisie centrale.- (Thèse es Sci., Paris).- Ann. Mines et Géol. N° 18, 345 p. XXII Pl.
  • BUSSON G. (1967).- Le Mésozoïque saharien. 1° partie, L’Extrême Sud tunisien, 1 vol.- Pub. C.R.Z.A. Géologie, Paris (CNRS).
  • CASTANY G. (1951).- Etude géologique de l’Atlas tunisien oriental.- (Thèse es Sci. Paris).- Ann. Mines et Géol., n° 8, 632 p. 27 Pl. photos et 30 Pl. H.T.
  • CHANDOUL H., BUROLLET P. F., BEN FERJANI A. et MEMMI L. (1993).- Recueil des coupes types de Tunisie : 1. Trias et Jurassique.- Mém. ETAP, n° 4, 95 p.
  • MEJRI F., BUROLLET P. F. et BEN FERJANI A. (2006).- Petroleum Geology of Tunisia. A Renewed Synthesis.– Memoire ETAP, n° 22, 230 p.
  • MELLO J. et BOUAZIZ S. (1987).- Mise en évidence de la discordance de Sidi Stout dans la province centrale du Sud tunisien et de son terme transgressif : dolomie de Messaoudi (Rhétien).- Notes du Serv. Géol. n° 54, pp. 41-54.
  • MOCK R., MELLO J., BIELY A. et BOUAZIZ S. (1987).- Microfaune codevillienne (Carnien inférieur) de la base du trias carbonate de la plateforme saharienne (Jebel Réhach, Sud tunisien).- Notes du serv. Géol., n° 55, pp. 19-29.
  • ROUVIER H. (1985).- Géologie de l’Extrême Nord tunisien : tectoniques et paléogéographies superposées à l’extrémité orientale de la chaîne nord-maghrébine. (Thèse es Sci., Univ. P. et M. Curie, Paris).- Ann. des Mines et de la Géol., N° 29, 428 p.

 

 

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