Le Paléocène et l’Eocène

TabJugrta0Plateau de la Table de Jugurtha

Le Paléocène et l’Eocène correspondent à des faciès de plate-forme, généralement marins, qui sont représentés souvent par la trilogie des argiles de la Fm. El Haria et de celles de la Fm. Souar qui sont séparées par les carbonates de la Fm. Metlaoui. Au cours de cette période de près de 32 Ma (- 66 à – 34 Ma), les conditions paléographiques en Tunisie, continuent à être les mêmes que celles du Crétacé supérieur.

A l’exception de la Fm. El Haria, qui est assez constante, les unités inférieures et supérieure présentent souvent divers équivalents latéraux marins, lagunaires ou même continentaux.

A. Le Paléocène (- 66 à – 56 Ma)

Les argiles de la Fm. El Haria (Burollet, 1956) qui s’étendent sur la partie supérieure du Crétacé (Maastrichtien) et tout le Paléocène, correspond à travers tout le pays, à des faciès argileux qui ont été nommés au début, marnes suessoniennes (Solignac 1927), marnes dano-montiennes (Flandrin, 1948). Il s’agit d’argiles gris-foncé, noires ou brunes, généralement fissiles avec une patine vert-sombre luisante. La partie moyenne présente souvent des intercalations calcaires (Danien).

ElHria
Différents termes de la Fm. El Haria

La coupe type de la Fm. El Haria, affleure largement au SW de la ville du Kef, à l’Ouest de la piste de Hammam Mellègue et occupe la vaste plaine de Henchir el Haria. Cette série montre au dessus des calcaires crayeux du sommet de la Fm. Abiod, des marnes et des intercalations de calcaires argileux à Globotruncana, des argiles compactes à cristaux de gypse, à Truncorotalia et Globigerina, des argiles et des marnes phosphatées à Globorotalia et Globigerina. Cette série se termine sous les calcaires de la Fm. Métlaoui, par des argiles et des marnes glauconieuses et phosphatées à rognons de silex.

Au niveau de cette coupe et dans cette série marine régulière et calme d’argiles noires à intercalations de calcaires crayeux et qui est dépourvue de toute bioturbation ou apport détritique grossier, plusieurs missions et d’analyse sur le terrain (Donze et Bensalem) ont permis d’établir avec précision, la limite exacte entre le sommet du Crétacé et la base du Tertiaire (Limite K/T).

Cette limite géologique de la piste de Hammam Mellègue, a été rendue mondialement célèbre, à la suite de son adoption lors du 28° Congrès Géologique International de Washington (1989), comme G.S.G.P. (Global Stratotype Section and Point) pour  la limite Secondaire-Tertiaire.

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Fm. El Haria type de la piste de Hm. Mellègue

Les épaisseurs de la Fm. el Haria sont variables et au niveau de la coupe type elle est de 696 m. Plus au nord, dans la région tellienne, elle peut atteindre les  1600 m et où certains niveaux sont enrichis en «boules jaunes» qui sont des concrétions de calcaire dolomitique.

Les variations d’épaisseurs suivent presque celles du Crétacé supérieur sous-jacent (Fm. Abiod). Par endroits, les argiles de la Fm. El Haria sont transgressives sur des terrains plus anciens, là où les calcaires de la Fm. Abiod font défaut.

Ces argiles sont absentes dans le Centre du Pays, au niveau de l’Ile de Kasserine ainsi qu’au niveau de la plateforme saharienne.

Dans le Golfe ancien de Gafsa, le Paléocène n’est représenté que par la partie danienne qui repose directement sur  les calcaires de la Fm. Abiod. Cette série est alors nommé «Evaporites de la Fm. Selja».

– Les évaporites de la Fm. Selja  (Fournié, 1978, p. 122)correspondent au niveau du bassin de Gafsa-Métlaoui, aux termes a, b  et c de la coupe type de Burollet (1956). Il s’agit d’une série lumachellique à Gastéropodes et Lamellibranches (petites Ostrea) qui passe à des évaporites avec le développement d’argile dolomitique, de grosses barres de dolomie et de gypse (Paléocène). Cette série passe vers le haut aux argiles noires feuilletées de la Fm. Chouabine.

Selja
Série de la Fm. Selja (Paléocène) au niveau du bassin de Gafsa-Métlaoui

B. L’Eocène inférieur (- 55 à – 49 Ma)

Les affleurements de l’Eocène inférieur (Yprésien) sont bien représentés à travers presque toute la Tunisie et jouent un rôle important dans le façonnement de son paysage actuel. En effet, dans le Nord-Ouest du pays et au dessus des argiles de la Fm. El Haria (Maastrichtien-Paléocène), l’Yprésien correspond à un ensemble de calcaires massifs à Nummulites ou à Globigérines, suivant les régions.

Dans l’Extrême Nord du pays et dans la zone tellienne ou zone des nappes de charriages, l’Eocène qui débute toujours par des calcaires et qui se poursuit par des argiles, contribue à l’édification des différentes unités allochtones. Ainsi, dans l’Unité d’Adissa, unité charriée la plus interne et non loin de la frontière algérienne, l’Eocène correspond à des calcaires et des argiles qui contiennent souvent des joints microbréchiques (Rouvier, 1977). Dans l’Unité Ain Draham, les calcaires éocènes sont souvent crayeux, à odeur fétide et à silex. Les argiles sont de couleur grise et contiennent des boules jaunes de grande taille. Dans l’Unité Ed Diss, les calcaires ont également une odeur fétide et sont glauconieuses à leur base et les argiles contiennent également des boules jaunes. Dans l’Unité Kasseb et au niveau du barrage du même nom, les calcaires à Globigérines reposent par contact anormal sur des calcaires à grosses Nummulites. Dans ces différentes unités structurales, les niveaux calcaires et les niveaux argileux sont respectivement attribués à l’Yprésien et au Lutétien-Priabonien.

Un peu plus au Sud et dans la zone des écailles, avant-pays de la zone des nappes et qui couvre en gros la région de Mateur et de Béjaoua, l’Eocène qui est représenté par des calcaires à Nummulites, correspond à la superposition d’unités tectoniques imbriquées et chavauchantes vers le SE.

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Eocène de la zone des écailles

Un peu plus au Sud et au niveau du domaine atlasique, ces calcaires, à base généralement glauconieuse phosphatés et à nodules de silex, forment les synclinaux perchés, éléments essentiels de la morphologie du paysage actuel de la région.

Parmi ces beaux reliefs tabulaires, on peut citer :

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Ile de Kasserine

En Tunisie centrale et au Sud de la Dorsale et depuis la fin du Crétacé et au cours de l’Eocène, va s’individualiser autour de l’emplacement actuel des villes de Sbeitla, Kasserine et Sidi Bou Zid, une zone continentale complètement émergée. Il s’agit d’une entité paléogéographique élevée relativement stable, qui correspond à l’Ile de Kasserine et qui est caractérisé par des dépôts crétacés très réduits ou complètement absents et des lacunes de sédimentation de l’Eocène.

Autour de ce môle central qui va rester émergé jusqu’à nos jours, va apparaître un certain nombre de bassins éocènes isolés qui vont évoluer séparément. En fonction de cette paléogéographie, chaque bassin serait caractérisé par un faciès et une lithostratigaphie différente (Fournié, 1978, p. 113).

Les calcaires de la Fm. Metlaoui, décrits par Philippe Thomas, Burollet (1956) a pu définir au niveau de la Gorge de l’Oued Selja, (flanc sud du Jebel Alima) et au dessus des argiles de la Fm. El Haria, des phosphates, des calcaires phosphatés et organogènes à Ostrea multicostata et Turitelles et des gypses qui sont dominés par une falaise de calcaires durs.

Cette formation à été élevée au rang de Groupe par Fournié (1978), mais il serait préférable de la laisser au niveau de formation et attribuer aux différentes lithologies le terme de membre ou de faciès.

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Eocène de la gorge de l’Oued Selja
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Coupe schématique de la Fm. Métlaoui (Burollet, 1956)

En 1978, les géologues de la SEREPT, se basant sur les variations latérales de faciès, ont proposé une nouvelle nomenclature pour le Paléocène terminal et l’Eocène inférieur qui permet de différencier les différents dépôts et d’établir leur répartition paléogéographique.  Les termes e, f et g (Burollet, 1956), à couches phosphatées ont été attribués à l’Unité  Chouabine.

– Les phosphates de la Fm. Chouabine (Maillard & Tixier, 1975) correspondent au niveau du bassin de Métlaoui et à 4 km au SE de Redeyef, au dessus d’une surface de ravinement du sommet des évaporites de la Fm. Selja, à des conglomérats phosphatés, à des alternances d’argiles noires, des calcaires à Gastéropodes et des petits lits phosphatés et au sommet, à des «sables» phosphatés et des lumachelles à Ostrea. La présence d’une microfaune pélagique de Globorotalia wilcoxensis a permis de l’attribuer au Paléocène moyen à Yprésien inférieur.

Dans cette série, six couches phosphatées font l’objet d’une importante exploitation minière depuis déjà le début du XX° siècle.

– La Fm. Kef ed Dour qui correspond à la partie supérieure de la Fm. Metlaoui a été nommée par les géologues de la CPG (Slimane et al., 1991). Elle débute au dessus du sommet de la Fm. Chouabine par une barre dolomitique crayeuse pétrie de Lamellibranches qui forme un ressaut dans la topographie qui ceinture la chaîne de Métlaoui. Cette série épaisse de 47 m, se poursuit par une série phosphatée argilo-dolomitique ou « phosphates du toit », qui est riche en rognons de silex et qui se termine par une barre dolomitique riche en Lamellibranches (Ostrea multicostata) et Gastéropodes. Cette série est attribuée à l’Yprésien – Lutétien inférieur.

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Fm. Kef Eddour

Ce terme qui peut être appliqué aux calcaires à Mollusques qui entourent l’île de Kasserine et qui sont plus internes que les faciès à Nummulites, peut également remplacer les ancienne appellations de faciès à Gasteropodes (Castany 1951) ou d’Ain Merhotta (Bishop 1988, Loocks et al., 1996).

La Fm. Metlaoui, en partie ou en totalité, présente d’importantes variations latérales de faciès auxquelles Fournié (1978) a attribué des noms caractéristiques : Fm. Garia à Nummulites, Fm. Bou Dabbous à faciès pélagique,  et Fm. Faid à faciès lagunaire.

– La Fm. El Garia (Fournié 1978), définie de part est d’autre du Tunnel d’El Garia, le long de la route GP.17 de Maktar à Kairouan. Elle a été décrite par Vernet (1971), elle s’étend entre les couches de l’Unité Chouabine et les argiles de la Fm. Souar. Cette série correspond au dessus des phosphates du sommet de la Fm. Chouabine, essentiellement à des calcaires micritiques et noduleuses beiges à Nummulites (Nummulites rollandi, N. pomeli, N. irregularis) et à grands foraminifères d’âge Yprésien supérieur et qui se terminent par les argiles de la Fm. Souar(Lutétien-Priabonien).

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Barre calcaires de la Fm. El Garia (Ph. W. Marzouki)

– La Fm. Bou Dabbous (Fournié 1978) définie à l’Est de l’anticlinal du Jebel Bou Dabbous, au tournant de la route de Kairouan à Ousseltia, s’étend entre les argiles de la Fm. El Haria et les argiles de la Fm. Souar. Décrite par Ben Daoud et Khessibi (1968), cette coupe débute par un membre inférieur de 117 m de calcaires micritiques à patine blanche avec des intercalations marneuses riches en Globigérines avec également des Gastéropodes, des Pélécypodes et des Polypiers et un membre supérieur de 43 m, plus massif, débutant par un niveau microconglomératique.  Les Globorotalidés et les nannofossiles indiquent un âge Yprésien. Les couches de la Fm. Bou Dabbous sont l’équivalent latéral des Fms. Chouabine et El Garia. Cette Formation est riche en matière organique et elle est considérée comme l’une des meilleures roches mères de pétrole en Tunisie.  Elle a alimenté les calcaires de la Fm. El Garia. Localement, les calcaires de la Fm. Bou Dabbous, fracturé, peuvent correspondre à une roche réservoir.

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Jebel Boudabbous

Cette série passe vers le haut à des agiles jaune verdâtre et des marne indurée, à intercalations de calcaire phosphaté dur et à Oursins qui correspondent à la base de la Fm. Souar (Lutétien-Priabonien).

– La évaporites de la Fm. Faïd (Fournié 1978), décrite par Vernet (1971) au Nord de la route Sbeitla-Sfax, à la sortie du village de Faid, correspond au dessus des dolomies à dents de Squales du sommet de la Fm. Chouabine à une série essentiellement dolomitique riche en Gastéropodes et en Lamellibranches, avec de gros nodules de gypse et de silex noir (Yprésien). Elle se termine par des alternances de gypse, de marnes gypseuses et des évaporites de la Fm. Jebbs (Burollet, 1956).au niveau du village de Faid s’étend sur 30 m, entre les Fms. Chouabine et Jebbs.

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Jebel Faid

C. Eocène moyen et supérieur (- 56 à – 34 Ma)

L’Eocène supérieur se poursuit au Sud de la Dorsale tunisienne, par une épaisse série d’argile ou de marne glauconieuse à intercalations de calcaires coquilliers et de lumachelles à Huîtres (Ostrea multicostata) de la Fm. Souar (Burollet, 1956) ou de ses équivalents latéraux : Fms. Cherahil, Djebbs, Halk el Menzel et Seugdal. Ces différents termes qui reposent sur le sommet des calcaires de la Fm. Métlaoui, sont attribuées au Lutétien supérieur – Priabonien.

– Les argiles de la Fm. Souar définie à Henchir Souar, à l’Est du Zaress, s’étend entre les calcaires de la Fm. Bou Dabbous et les grés oligo-aquitanien de la Fm. Fortuna. Il s’agit essentiellement d’argiles grises de 1.114 m, à riche microfaune planctonique et quelques niveaux glauconieux et de rares petits lits calcaires. Quelques horizons présentent des cristaux de gypse. Ces argiles sont d’âge Lutétien supérieur à Priabonien.

Au Cap Bon et au cœur de l’anticlinal du Jebel Abderrahmane, le Mb. Reinèche correspond à un bref épisode carbonaté de calcaire micritique crayeux blanc à beige avec des passées lenticulaires de calcaires bioclastiques beiges à grands foraminifères : Nummulites gizehensis, N. discorbiusActinocyclina radiansDiscocyclina sp. de la biozone à Globorotalia lehneri (Ben Ismail-Lattrache, 1984). Cette barre calcaire attribuée au Lutétien supérieur -Barthonien inférieur, subdivise la Fm. Souar en un terme inférieur ou Argiles inférieures et un terme supérieur ou Argiles supérieures. Ces niveaux carbonatés sont également connus en off-shore.

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Calcaires du Mb. Reinèche (Cap Bon)

Au Nord-Ouest du pays, cette formation s’enrichit en concrétions de calcaires dolomitique à patine jaune orangé. Il s’agit du faciès «à boules jaunes» rencontré surtout dans les unités allochtones Kasseb et Ed Diss (Rouvier 1977). Cette formation a été nommée Faciès Nefza par Ben Haj Ali et al., 2002. Sa localité type est à Ragoubet Tassera près de Nefza, complétée par la coupe de l’Oued Barbara (65 km SW de Nefza – Ben Haj Ali 2002, p. 69). L’âge est Lutétien inférieur à Bartonien. Les épaisseurs peuvent atteindre 1000 mètres.

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Marnes à boules jaunes de l’Eocène supérieur

Suivant la position géographique, on connaît divers faciès différents du même âge que la Fm. Souar avec des faciès marins carbonatés de la Fm. Halk el Menzel, des termes littoraux très fossifères de la Fm. Cherahil et des séries lagunaires le long de l’île de Kasserine de la Fm. Djebbs.

– La Fm. Halk el Menzel, connue dans le Golfe de Hammamet, au Nord du Cap Bon et sous le plateau continental oriental (Mer Pélagienne). Elle a été décrite par Bismuth et Bonnefous (1981). Elle comprend de bas en haut des dolosparites, des calcaires sparitiques à grands Foraminifères Discocyclina et Nummulites, des calcaires marins confinés riches en Miliolidés, Peneroplidés et Valvulinidés. Cette série est d’âge Lutétien à Priabonien.

– La Fm. Cherahil a été décrite par Bramaud (1971) et définie par Comte et Dufaure (1973) au Jebel Cherahil, près de Nasr Allah, qui se situe un peu au Nord de l’emplacement de l’Ile de Kasserine. Dans cette région, l’Eocène supérieur (Lutétien-Priabonien) correspond à une série marneuse, riche en lumachelles et en calcaires bioclastiques.

Au milieu de cette série marneuse, une barre de calcaire bioclastique  dur, à petits Oursins, des Gastéropodes, des Lamellibranches et des Nummulites et qui correspond au Mb. Siouf (sabres), subdivise la Fm. Chérahil en un Chérahil inférieur et un Chérahil supérieur.  Ce niveau repère qui se détache au milieu de cette formation, dessine un relief spectaculaire dans la région. La présence de Loculicytheretta semipunctata permet d’attribuer le Mb. Siouf à la base du Lutétien supérieur.

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Fm. Chérahil avec le Mb. Siouf au milieu

– La Fm. Djebbs (Burollet 1956), définie au Jebel Meheri Zebbeus, qui s’étend à l’Est de Meknassy, correspond au dessus des calcaires de la Fm. Metlaoui, à une série exclusivement de gypse massif avec quelques intercalations d’argiles vertes ou rouges et qui admet des intercalations d’argiles et de dolomies blanches où l’on peut remarquer des figures de dissolution de Halite. Il s’agit d’une sédimentation lagunaire qu est liée à des zones subsidentes en bordure de l’Ile de Kasserine. Epaisse de 850 mètres, cette série repose sur les calcaires de la Fm. Kef ed Dour et elle est surmontée en discordance par les couches miocènes de la Fm. Segui.

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Fm. Jebbs à Méheri Jebbs

– Le Mb. Lessouda (Comte, 1973 ; Rapp. int. EGEP-TOTAL) qui fait ressaut dans la topographie, forme une auréole qui ceinture le massif du Jebel Lessouda. Ce banc repère qui partage la Fm. Jebbs en un Jebbs inférieur et un Jebbs supérieur, correspond à une barre décamétrique de dolomie azoïque, blanchâtre et à rognons de calcaires dolomitiques et à concrétions d’oxydes de fer.

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Mb. Lessouda dans la Fm. Jebbs du Jebel Lessouda

L’Eocène continental

En bordure de l’Ile de Kasserine et sur le bord septentrional de la plate-forme saharienne apparaissent des faciès continentaux de l’Eocène.

En Tunisie centrale et à l’Ouest du Jebel Boudinar, dans la région de Rheouis, Burollet (1956) avait décrit les calcaires de la Fm. Seugdal (Burollet, 1956), équivalent latéral lacustre de la Fm. Chérahil. Cette  formation correspond à des calcaires massifs blancs, durs, irrégulièrement lité, dolomitique par endroit et dont la partie supérieure est marquée par un banc à gros rognons de silex. Cette série est attribuée à l’Eocène inférieur à Lutétien inférieur.

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Fm. Seugdal

Au Sud de l’emplacement de l’île de Kasserine et dans la chaîne Nord-Est de la chaîne bordière des chotts (au NW de Chebket Bou Loufa),  Abdeljaouad (1983) a défini la Fm. Bou Loufa. Cette série qui repose en discordance  sur les marno-calcaires du Campanien, débute par des conglomérats plolygéniques remaniant des faciès crétacés, se poursuit par des argiles silteuses rouges riches en Bulimes et Hélicidés continentaux et se termine par des calcaires dolomitiques. Ces Gastéropodes terrestres, déterminés par Truc, donnent un âge Paléocène supérieur à Bartonien à cette série (Abdeljaouad et al., 1984).

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Fm. Bou Loufa

D’autres faciès continentaux ont été décrits également près de Sbeitla et du Jebel Koumine (Kadri, 1988; Jeddi et al. 1991). De son coté, Matmati a décrit des laminites et des altérites de l’Eocène inférieur, à l’Est du Jebel Lessouda (1989).

Dans l’Eocène continental de la Tunisie centre-ouest et sur le flanc sud du Jebel Chaambi, la Fm. Moungar (Truc, 1981) correspond à des calcaires rognonneux et des marno-calcaires blancs à roses qui reposent en discordance sur les calcaires du sommet de la Fm. Abiod. Ces calcaires se terminent par un niveau riche en Gastéropodes terrestres : Vidalliella gerundensis qui caractérisent l’Eocène inférieur (Zouari, 1987, 8° IAS, Tunis, p. 518). La Fm. Oum Ali correspond à des argiles à gypse. La Fm. Chambi correspond à des calcaires lacustres de l’Eocène et de l’Oligocène. Elsass et al., (1984), Sassi et al., (1984) puis Hartenberger et al., (1985) ont attribué cette formation à l’Eocène en se basant sur des Bulimes (Gastéropodes continentaux) et des Mammifères.

Plus au Sud et sur le flanc sud du Jebel Séhib, situéeau Nord de la chaîne des Chotts (Ksar el Asker), l’Eocène correspond au dessus des argiles de la Fm. el Haria, à des niveaux gypseux qui sont surmontés par la Fm. Séhib (Biely et al., 1972). Il s’agit de conglomérats polygéniques remaniant des galets calcaires empâtés dans une matrice argileuse rougeâtres qui se termine par des argiles rouges riches en Hélicidés continentaux et des dragées siliceuses ferruginisées et dont l’âge ne peut être que post-Lutétien.

Au Sud de ce dernier massif, les dépôts éocènes sont complètement absents.

Enfin, rappelons la Fm. Tanit qui correspond à des argiles rencontrées dans quelques forages au Sud du Golfe de Gabès (Fournié 1978).

 

 

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