Plateau de Kessera

– Le plateau de Kessera, sur lequel est bâti l’ancien village du même nom, s’étend largement entre la route de Makthar-Kairouan et celle de Siliana-Kairouan. Il s’agit d’un vaste plateau, en dôme anticlinorial, dont la surface est profondément affectée par une karstification par les eaux météoriques superficielles et dont les abords en falaises, sont formés par des calcaires noduleux à grandes Nummulites (Yprésien) qui reposent en faible discordance angulaire sur les calcaires du Crétacé supérieur.

 

Sans oublier bien évidemment ses célèbres escaliers colorés, taillés dans le roc.

 

 

Forteresse naturelle en soi, ce village berbère, avec sa position stratégique en altitude dominant les plaines alentours et la présence de sources d’eau naturelles, qui en ont fait un lieu stratégique pour les civilisations qui se sont succédées dans la région, est aussi connu, tant pour son architecture avec ses constructions en pierres sèches, taillées à la force des poignets, qui lui donnent un cachet spécifique et l’intègrent totalement à son environnement de paysages rocheux, que pour son urbanisme avec ses chemins sinueux taillés en pierre qui datent de l’époque antique avec son célèbre escalier dit « el draj » qui mène à la « bhira » constituant par ailleurs un emblème du village sculpté dans le roc et dont les contremarches sont « colorées » depuis peu par des motifs berbères.
On trouve encore des inscriptions puniques et latines sur les pierres des murs des maisons.
Émergeant des profondeurs d’une faille dans la falaise, au travers des rochers du village, coule une source naturelle d’eau claire dite « aïn soltane », dont le ruissellement se traduit par une symphonie musicale.
La beauté des panoramas à perte de vue sur les champs et des paysages d’une nature sauvage conjugués à l’absence totale de pollution, invitent au voyage et procurent une véritable cure d’oxygénation, un vrai sanatorium comme le veut la légende de Kesra.
Un musée implanté depuis 2009, au cœur du vieux village à proximité de ce qui reste de la citadelle d’époque byzantine, traite des traditions populaires, de la vie quotidienne, du travail artisanal féminin, des us et coutumes en matière de rites et de cérémonies, des bijoux et de leur symbolique.
On peut y voir entre autres objets, une « gùja ou tabùna » four traditionnel servant à préparer le pain, des jarres et des gargoulettes en argile, une outre en peau de chèvre (chekwa), servant à la préparation du petit lait, des matériaux relatifs à la toison des moutons, d’autres servant à affiner la laine, pour la confection du burnous et de la kachabia (manteau à capuchon)…….

Ensuite on a pris la route vers le village de Kesra qui n’est pas loin. Le village de Kesra est le plus haut de la Tunisie, vu qu’il se trouve à 1100 mètres d’altitude. Concernant Kesra…c’est un autre monde. Un monde où le temps a oublié s’écouler et la vie se déroule d’après autres traditions.  Kesra est magnifique ! Une architecture qui rappelle des Ksour de Chenini et Douiret, des panoramas qui coupent le souffle, des enfants curieux et des chemins taillés en pierre.  Une randonnée qui nous a fait découvrir un village dont on ne connaissait pas. A Kesra on a pris aussi le déjeuner…mais quel déjeuner !   Assis sur un tapis berbère, à la terrasse du musée de Kesra qui offre un magnifique panorama vers la forêt, en savourant les plats préparés par les femmes du village : salade mechouia, tabouna chaude, des bricks et un fabuleux couscous à l’agneau. On aurait du manger tout cela avant la randonnée !  L’après midi nous sommes partis vers Sousse avec un arrêt à la médina de Kairouan pour prendre un café au coucher du soleil. C’était une expérience fantastique à répéter !

Situation : Le plateau de Kessera (Centre-Ouest de la Tunisie, Gouvernorat de Siliana) est situé à 175 km au SO de Tunis et à 20 km au Sud de Makthar. Ce plateau qui s’étend largement entre la route de Makthar-Kairouan et celle de Siliana-Kairouan, culmine à 1100.

Le village de Kessera, considéré comme le plus haut village en Tunisie, occupe une place stratégique est plaqué contre les falaises abruptes de ce plateau et domine les larges plaines avoisinantes.

Géologie : Il s’agit d’un vaste plateau de calcaires éocènes dont la surface est profondément affectée par une karstification par les eaux météoriques superficielles et dont les abords en falaises, sont formés par des calcaires noduleux à grandes Nummulites (Yprésien). Ces calcaires reposent en faible discordance angulaire sur les calcaires et les argiles du Crétacé supérieur.

Sur le plan structural, il s’agit d’un vaste dôme anticlinorial

Kessera En Tunisie centre-nord, le plateau de Kessera, sur lequel repose l’ancien village du même nom, s’étend largement entre la route de Makthar-Kairouan et celle de Siliana-Kairouan. Il s’agit d’un vaste plateau qui culmine à 1.185 m et dont la surface pierreuse et ondulée est de l’ordre de 25 km². Les abords en falaises de ce plateau, sont formés par des calcaires éocènes à Nummulites qui reposent en faible discordance angulaire sur les calcaires du Crétacé supérieur. D’une épaisseur moyenne de l’ordre de 20 à 35 m, sous l’effet de la karstification, ces calcaires passent à des épaisseurs de l’ordre de 7 m. Dans le détail, cette série qui débute par des calcaires noduleux, se termine par des bancs stratiformes de calcaires très riches en grandes Nummulites. Ces calcaires, qui forment un vaste dôme anticlinorial ondulé, sont affectés par deux familles de failles N 80 et N 165 et dont les rejets sont de l’ordre de 15 à 20 mètres.

Table de Jugurtha

– Le plateau de la Table de Jugurtha, qui domine le village de Kalaat Sénan, non loin de la frontière algérienne, correspond à un vaste plateau, formé essentiellement par une épaisse dalle de calcaires à Nummulites (Yprésien). En contre-bas de cette imposante structure, apparaissent généralement les corniches des deux barres de la Fm. Abiod et la combe argileuse de la Fm. el Haria.

 

 

Dyr El Kef

 

– Le plateau de Dyr el Kef, qui s’allonge SW-NE et qui domine la ville, constitue un élément orographique important dans la région. Il correspond à une gouttière synclinale, en forme de fond de bateau et dont les flancs sont formés par des corniches de calcaires à Nummulites (N. irrigularis, N. distans, N. gizehensis, N. irregularis) (Yprésien) Cette épaisse dalle carbonatée, repose sur les argiles de la Fm. El Haria (Maastrichtien-Paléocène).

 

 

Jebel Goraa

– Le plateau du Jebel Goraa qui domine la plaine de Thibar et qui est de direction SW-NE, s’étend au NW de Téboursouk. Il correspond à un synclinal perché formé par une épaisse dalle de calcaires à Nummulites (Yprésien). Ce plateau intensément fracturé, repose sur les marnes et les argiles noires de la Fm. el Haria et se poursuit par une épaisse série d’argile et de lumachelles à Huîtres de la Fm. Souar.

 

– Le plateau de Kessera, sur lequel est bâti l’ancien village du même nom, s’étend largement entre la route de Makthar-Kairouan et celle de Siliana-Kairouan. Il s’agit d’un vaste plateau, en dôme anticlinorial, dont la surface est profondément affectée par une karstification par les eaux météoriques superficielles et dont les abords en falaises, sont formés par des calcaires noduleux à grandes Nummulites (Yprésien) qui reposent en faible discordance angulaire sur les calcaires du Crétacé supérieur.

– Le plateau de Dyr el Kef, qui s’allonge SW-NE et qui domine la ville, constitue un élément orographique important dans la région. Il correspond à une gouttière synclinale, en forme de fond de bateau et dont les flancs sont formés par des corniches de calcaires à Nummulites (N. irrigularis, N. distans, N. gizehensis, N. irregularis) (Yprésien) Cette épaisse dalle carbonatée, repose sur les argiles de la Fm. El Haria (Maastrichtien-Paléocène).

– Le plateau de Garn el Halfaya qui se dresse à l’Ouest de la route du Kef à Tajerouine, correspond à une cuvette synclinale perchée spectaculaire dont le cœur plat est occupé par les calcaires éocènes à Nummulites. Les flancs de cette structure sont très abrupts et sont formés par les marnes et les calcaires des Fms. Kef, Abiod et El Haria.

Nummulites

– Le plateau de la Table de Jugurtha, qui domine le village de Kalaat Sénan, non loin de la frontière algérienne, correspond à un vaste plateau, formé essentiellement par une épaisse dalle de calcaires à Nummulites (Yprésien). En contre-bas de cette imposante structure, apparaissent généralement les corniches des deux barres de la Fm. Abiod et la combe argileuse de la Fm. el Haria.

– Le plateau d’Ebbaplus ou moins circulaire et qui s’étend à quelques km à l’Ouest du village d’Ebba Ksour, correspond à une cuvette synclinale perchée, formée par une dalle de calcaires compacts cristallins à Nummilites (Yprésien) qui est affectée par des failles normales décrochantes de faible rejet.

– Le synclinal d’Ouesseltia, orientée SW-NE et qui s’étend entre le plateau de Kessera et les reliefs des Jebels Bargou-Serj, au Nord et le Jebel Ouesslat-Edjehaf, au SE, correspond à une vaste cuvette en auge, à fond plat et à versants abrupts. Cette cuvette largement ouverte au niveau d’Ouesseltia, est occupée essentiellement par une épaisse série de marnes de la Fm. Souar (Lutétien-Priabonien), avec de rares bancs de lumachelles qui se poursuivent par les grès oligo-miocènes de la Fm. Fortuna qui se présentent généralement en « Sif ».

Le Jebel Ousselat qui s’étend à l’Ouest de Kairouan et au N.NW de Haffouz, correspond à un important massif en pli coffré, orienté S.SW-N.NE, et qui est séparée du plateau de Kessera, par la cuvette synclinale d’Ouesseltia. L’ossature de ce massif est formée essentiellement par les calcaires de l’Yprésien qui correspond vers le Nord, à des calcaires microcristallins à Globigérines(faciès Bou Dabbous) et vers le Sud, à des calcaires beiges à Nummulites (faciès El Garia). Un faciès intermédiaire de transition formé par des calcaires bioclastiques, sépare ces deux domaines. Vers le haut, la série se poursuit par les argiles de la Fm. Souar, qui débute par un niveau condensé très riche en Nummulites.

Structure brachyanticlinale du Jebel Oueslat

Marbres de Chemtou

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Marbres de Chemtou

Les marbres de Chemtou proviennent du Jebel Hairech (Ghardimaou).

  • Age : Trias-Jurassique. Couleur varie dans les tons du jaune, du rouge et du gris. Il possède un grand spectre d’utilisation.
  • Poids spécifique : 2.7 g/cm3,
  • Absorption  : < 0.5 %,
  • Résistance à la compression : 800 à 1400 kg/cm²,
  • Résistance à l’usure : répondants aux normes DIN,
  • Rrésistances aux intempéries : répondant aux normes.

Ammonitico Rosso

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Ammonite de l’Ammoitico Rosso

Dans le Jurassique méditerranéen, l’Ammonitico Rosso est une expression italienne qui désigne un faciès noduleux particulier, de couleur rouge et qui est riche en Ammonites.

En Tunisie, il s’agit généralement de calcaires argileux, pseudonoduleux rougeâtres, parfois d’aspect bréchique, à longs filaments et à grands Radiolaires et Protoglobigérines, avec vers le haut des calcaires grumeleux stylolithisé. Ce faciès se caractérise souvent par des biseautages stratigraphiques, des phénomènes de glissements et une compaction différentielle.

Ces faciès affleurent largement dans le NE de la Tunisie, au niveau des massifs jurassiques de la Dorsale tunisienne aux Jebels Bou Kornine (Hammam-Lif), Ressas, Fkirine et Zaress, ainsi que dans les autres massifs des Jebels Oust, Bou Kornine (Fahs), Rouas et Béni Kleb.

Ces mêmes faciès affleurent également en Tunisie centrale, dans l’extrémité septentrionale de l’Axe Nord-Sud, au niveau du Jebel el Haouareb.

Deux niveaux peuvent être distingués et rapportés à ce faciès. Il s’agit de calcaires à microfilaments et à Ammonites du Bajocien moyen reconnus au Jebel Zaghouan et au Sud du Jebel Staa (Biely, 1972) et l’Ammonitico-rosso superior connu dans les massifs jurassiques de la Dorsale (Jebel Zaghouan, Jebel Oust, Jebel Zaress, …) et jusqu’au Nord de l’Axe Nord-Sud, au Jebel el Haouareb (Gharbi, 1989).

  • Age : Les associations d’Ammonites permettent d’attribuer au faciès Ammonitico Rosso un âge qui s’étend entre le Callovien supérieur et le Kimméridgien inférieur.
  • Epaisseur : 27 à 33 m.
  • Equivalent : Fm. Zaress.

La microfaune correspond à des Protoglobigérines (sections de Globigérines), de Radiolaires, des Ostracodes, des filaments qui pourraient correspondre à tests de Lamellibranches, des Algues filamenteuses ou des fragments d’Arthropodes, des fragments de Saccocoma (Crinoides) et des foraminifères benthiques (Lenticulines, Spirulines, Nodosaria et Dentalina).

Crétacé de la Chaîne des Chotts

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Crétacé de la Chaîne des Chotts

Au niveau de la chaîne des Chotts et dans le cadre du Projet de Cartographie Géologique du Sud Tunisien, certaines unités informelles ont été définies dans le Crétacé de la région. Il s’agit de bas en haut de :

  • La Fm. Ben Khalouf (Ghanmi et al., (1993) qui est la série la plus ancienne du Crétacée qui affleure dans la région et qui correspond à des argiles rouges et vertes, alternant avec de minces niveaux de carbonates pélitiques jaunâtres et des niveaux gréseux métriques. Cette série qui renferme des Choffatelles et des Ostracodes a été attribuée à l’Hauterivien ?- Barrémien.
  • La Fm. Guelb Doukhane (Ben Ouezdou et al., 1994) qui correspond au dessus des argiles de la Fm. Ben Khalouf, à un horizon remarquable de gypses blancs massifs, avec quelques passées d’argiles rouges et vertes et qui a été attribuée à l’Hauterivien-Barrémien ?.
  • La Fm. Kébeur el Haj (Ghanmi et al., 1994) qui correspond au dessus de la Fm. Guelb Doukhane à des argiles bigarrées avec de minces intercalations de carbonates pélitiques et qui ont été attribuées à l’Hauterivien-Barrémien.
  • La Fm. Klikr (Ghanmi et al., 1994) correspond au dessus de la Fm. Kébeur el Haj, à des alternances de gypse laminé, massif ou en bancs et des argiles vertes qui ont été attribués au Barrémien.
  • La Fm. Bérada ((Fakhraoui et al., 1994) qui correspond au dessus de la Fm. Kliker, à un ensemble sableux massif à bois ferruginisé et à des alternances d’argiles et de dolomies grises à Lamellibranches, Gastéropodes, Choffatelles et Ostrocodes. Cet ensemble qui correspond à l’unité Limaguess des géologues pétroliers, est attribuée à l’Hauterivien-Barrémien.
  • Le Mb. Berrani (Ben Youssef et al., 1987, p. 109) qui est l’équivalent du terme inférieur de la Fm.Orbata ou le Mb. Bou Laaba, correspond à dolomies jaunâtres, des calcaires massifs à Rudistes et des calcaires et des marno-calcaires fossilifères. Cette série a été attribuée au Barrémien terminal-Bédoulien (Ben youssef et al., 1985, p. 110).
  • Le Mb. Araguib (Fakhraoui et al., 1994, p. 8) correspond au dessus du Mb. Berrani, à un ensemble d’argiles vertes alternant avec des calcaires lumachelliques à Lamellibranches, Gastéropodes, Echinides et Orbitolines qui se termine par une surface karstifiée et qui a été attribuée à l’Aptien.
  • Le Mb. Foum el Argoub (Ghanmi et al., 1993) qui correspond au dessus d’une surface karstifiée du sommet de la Fm. Araguib, à une série de grès grossiers à dragées de quartz, à débris d’ossements, des dents de poissons et des fragments de bois fossiles et quelques passées argileuses. Cette série a été attribuée à l’Albien inférieur.
  • Le Mb. Mrazig (Ghanmi et al., 1993) qui correspond au dessus d’une surface durcie du sommet des grès du Mb. Foum el Argoub, à des alternances marno-calcaires souvent lumachelliques et qui a été attribué à l’Albien moyen à supérieur.
  • La Fm. Kerker (Ghanmi et al., 1994) qui correspond à des calcaires rognonneux, bioturbés, parfois bréchiques, des marnes jaunes, des argiles vertes à Ostracodes et des bancs de gypse massif, qui ont été attribués au Cénomanien moyen à supérieur.
  • La Fm. Berressef  (Ghanmi et al., 1994) qui correspond à un ensemble de bancs bioclastiques qui sont séparés par des marnes ou des conglomérats à galets carbontés et qui se termine par des bancs de calcaires à Rudistes. Cette série est attribuée au Coniacien.
  • La Fm. Hassène (Ghanmi et Potfaj, 1994) correspond au dessus d’une surface de ravinement du sommet de la barre du Gattar, à des brèches, des conglomérats chaotiques, des slumps, des calcaires bioturbés et bioclastiques et des marnes. Cette série est attribuée au Coniacien.
  • La Fm. Haidoudi définie dans la région d’El Hamma (Abbes, 1994), correspond au dessus des dolomies du Gattar à un terme inférieur conglomératique, un terme moyen calcaro-dolomitique bioclastique et un terme supérieur marno-calcaire lumachellique qui renferme des Gastéropodes, des Lamellibranches, des Inocérames et des Echinides et des fragments de Rudistes. Cette série a été attribuée au Coniacien – Campanien inférieur.
  • La Fm. Berda (Ligneris et Berthe, 1951) qui correspond à une épaisse série de calcaires et de marnes à Pélécypodes, Huîtres, Oursins, Orbitolines, Bryozoaires, Inocérames et Pectens et qui a été attribuée au Campanien-Maastrichtien.

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Le Crétacé supérieur en Tunisie

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Crétacé supérieur dans le Nord du pays

Selon la charte stratigraphique internationale, la limite entre le Crétacé inférieur et le Crétacé supérieur correspond à la limite entre l’Aptien et l’Albien. Mais en Tunisie surtout centrale et méridionale, et au cours de l’Albien, des facteurs tectoniques ont été à l’origine de lacunes de sédimentation et d’une grande discordance majeure (M’Rabet, 1981 ; 1987). De ce fait, cette importante discontinuité a été ainsi prise comme limite entre le Crétacé inférieur et le Crétacé supérieur.

A l’échelle de tout le pays, le Crétacé supérieur débute généralement par la transgression de l’Albien supérieur qui se généralise au cour du Cénomanien supérieur et du Maastrichtien.

Dans l’Extrême Nord tunisien et dans la zone des nappes de charriages, le Crétacé supérieur est largement représenté dans les unités allochtones superposées des Unités KassebAdissa et Ain Draham. Ainsi, dans l’Unité Adissa et non loin de la frontière algérienne, le Crétacé supérieur ou «Sénonien à Microbrèches» correspond à des argiles grises à microbrèches (Campanien-Maastrichtien) et à des calcaires argileux à blocs exotiques (Maastrichtien-Paléocène). Dans lUnité Ain Draham, le Crétacé supérieur correspond à des calcaires argileux (Campanien) et des alternances de marnes à boules jaunes (Maastrichtien-Paléocène). Dans l’Unité Kasseb allochtone la plus méridionale et au niveau du barrage du même nom, le Crétacé supérieur correspond à des calcaires du Sénonien, qui occupent le cœur des structures anticlinales.

Un peu plus au Sud et au niveau de l’emplacement de l’ancien sillon tunisien, le Crétacé supérieur correspond à une série marine profonde, riche en Ammonites, Echinides et en microfaune planctonique. Cette série marine englobe quatre unités principales :

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Différents termes de la Fm. Fahdène

– La Fm. Fahdène (Burollet, 1956) qui forme les collines du cœur de l’anticlinal de l’Oued Bahloul, au SE de Makthar et qui correspond à un faciès argilo-marneux, franchement marin et qui renferme des bancs repères de calcaires avec de nombreux Echinodermes et Céphalopodes. Cette série a été attribuée au Clansaeysien-Cénomanien.

 

Au sein de la Fm. Fahdène, au SE du plateau de la Gara (Ouest de Tajerouine) et au dessus de la Fm Hameima,Burollet (1956) a pu distinguer deux horizons repères de calcaires noirs durs à sublithographiques ou Mb. Allam et de calcaires noirs feuilletés riches en matière organique ou Mb. Mouelha qui ont été attribués à l’Albien moyen et supérieur.

– La Fm. ou Mb. Bahloul (Burollet, 1956) qui forme un léger ressaut dans la topographie entre les larges combes d’argiles des Fms. Fahdène et Aleg, s’étend largement au SE de Makthar et au Sud de Kessera. Cette série qui correspond à un calcaire feuilleté ou cartonné, de teinte foncée, dégage à la cassure, une odeur bitumineuse. La présence d’empreintes d’Ammonites applaties et de restes dePoissons à la surface des bancs, a permis d’attribuer à cette série riche en matière organique, au Cénomanien supérieur-Turonien basal (Robaszynski et al., 1990 ; Ben Haj Ali et al., 1994).

– La Fm. Zebbag (Burollet, 1956) correspond au dessus de la discontinuité du sommet de la Fm. Orbata entièrement érodée, à une épaisse série de calcaires, de calcaires dolomitiques, d’argiles et de gypses. Le Zebbag inférieur correspond à des dolomies et des calcaires massifs, le Zebbag moyen se poursuit par des argiles et des gypses à Gastéropodes, Pélécypodes, Oursins et Ostracodes dont la partie supérieure formée par des calcaires feuilletés correspond au Mb. Bahloul Le Zebbag supérieurou Mb. Gattar, correspond à des dolomies et des calcaires massifs. Cette formation dont les membres inférieur et supérieur relativement durs, forment des corniches séparées par des vallées occupées par le membre moyen relativement tendres, est attribuée à l’Albien supérieur, Cénomanien et Turonien basal à Coniacien.

– La Fm. Aleg (Burollet, 1956) correspond en Tunisie centrale, au dessus des calcaires fossilifères à Rudistes du sommet du Mb. Gattar, à une épaisse série d’argiles et de marnes, qui occupe de larges vallées, et des intercalations de calcaires organogènes massifs, qui forment quelques escarpements. Cette série est attribuée au Turonien à Campanien inférieur.

L’Aleg sl., comprend de bas en haut  :

– Le Mb. Annaba (Burollet, 1956) qui forme à 10 km au SW de Thala, la cote 1.211 m de Sif El Annaba, correspond au dessus des calcaires du sommet de la Fm. Bahloul, à des argiles et des marnes grises sombres, fossilifères avec des lits de calcaires. La présence Whiteinella aprica avec Heterohelix et Hedbergella delrioensis a permis d’attribuer cette série au Turonien inférieur (Mem. ETAP, 8B, p 73).

– Le Mb. Biréno (Burollet, 1956) qui forme au Jebel Chaambi, le point culminant le plus élevée de la Tunisie (1.439 m), correspond à des calcaires noduleux, des calcaires bioclastiques et graveleux, des calcaires oolithiques, des calcaires à Rudistes, des brèches et il se termine par un calcaire massif fin (Zagrarni et El Euchi, 1999). La présence d’Ammonites a permis d’attribuer cette série au Turonien inférieur à moyen.

– La Fm. Kef qui s’étend sous le synclinal de Dyr el Kef et à l’aval du barrage de l’Oued Mellègue, correspond à une série d’argiles et de marnes à intercalations de calcaires qui repose sur les calcaires feuilletés du sommet de la Fm. Bahloulet qui se termine sous les calcaires de la Fm. Abiod. La présence de Whiteinella aprica, Helvetotruncana helvetica, Marginotruncana schneegansi, Marginotruncana schneegansi, Dicarinella primitiva, Globotruncana stuartiGlt. ventricosa concavata, ou Glt. elevata, ont permis d’attribuer cette série au Turonien inférieur au Campanien inférieur.

La Fm. Abiod (Burollet, 1956) qui présente une persistance remarquable dans la morphologie de tout le pays, correspond à deux barres de calcaires massifs souvent crayeux blanchâtres (barre inférieure et barre supérieure) qui font relief et qui sont séparées par des alternances de marnes grises et de calcaires argileux (alternances moyennes) qui forment de larges combes. La barre inférieure correspond à des calcaires crayeux blancs à Pélécypodes, Oursins et Orbitoides. Les alternances moyennes correspondent à des marnes et des calcaires argileux. La barre supérieure correspond à des calcaires blancs crayeux à empreintes d’Inocérames et d’Echinodermes.

La coupe de la piste de Hammam Mellègue, située à quelques km au SW de la ville du Kef, qui a livré une riche faune de foraminifères planctoniques, a permis d’attribuer la Fm. Abiod au Campanien-Maastrichtien inférieur.

Ile de Kasserine

En Tunisie centrale et entre le sillon tunisien, qui s’étend vers le Nord et le bassin de Gafsa, situé vers le SW, apparaît l’Ile de Kasserine qui correspond à une entité paléogéographique élevée, relativement stable et qui s’est individualisée au cours du Crétacé supérieur.

Dans cette zone relativement haute, les dépôts sont caractérisés par d’importantes réductions d’épaisseurs et des lacunes de sédimentation. Ce môle central qui va rester émergé jusqu’à nos jours, se prolonge vers le Nord par des hauts fonds caractérisés par une sédimentation côtière très réduite.

– La Fm. Kébar (Khessibi, 1981) qui repose en discordance sur le sommet du Mb. Bou Laaba (Mb. inférieur de l’Orbata), correspond à des dépôts continentaux grossiers, des argiles rouges à paléosols, des brèches polygéniques ferruginisées et des calcaires lacustres à Ostracodes d’eau douce et des Characées. Par encadrement, cette série continentale a été attribuée à l’Aptien supérieur-Albien (Khessibi, 1976) et au Gargasien-Albien inférieur (M’Rabet, 1981).

Aux environs de Gafsa,  les géologues pétroliers ont pu définir de leur coté dans le Crétacé supérieur :

– La séquence du Selloum (Boltenhagen, 1985, p. 59), qui est limitée à sa base et à son sommet par deux surfaces durcies ferruginisées, correspond au Mb. inférieur du ZebbagDans cette série, Bismuth et al., (1981) ont pu distinguer deux ensembles carbonatés bioclastiques qui sont séparés par une combe argileuse. Cette séquence qui repose en discordance sur le sommet de la Fm. Orbata est attribuée au Vraconien.

– La séquence du Ben Younes (Boltenhagen, 1985, p. 62) qui correspond aux membres moyen et supérieur de la Fm. Zebbag est formée par un terme inférieur de marnes et d’argiles gypseuse et lumachelliques et un terme supérieur essentiellement carbonaté de calcaires bioclatiques à Rudistes, Huîtres, Gastéropodes et Echinodermes (Bismuth et al., 1981). Cette séquence qui se termine par la corniche dolomitique du Mb. Gattar, est attribuée au Cénomanien,.

– La séquence du Semmama qui pour Bismuth et al., (1981, p. 218), regroupe les marnes, les grès indurés et les argiles fossilifères et rognonneuses du Mb. Annaba (Turonien inférieur) et les calcaires oolithiques, à biostromes et à Rudistes du Mb. Biréno (Turonien moyen).

– La séquence du Douleb qui correspond à la partie supérieure de la Fm. Aleg (Turonien moyen et supérieur).

–  Le Mb. ou la séquence des anhydites de Beida (Boltenhagen et Mahjoub, 1974) qui apparaît au NW de Gafsa, correspond au membre inférieur de la Fm. Aleg. Il s’agit d’une série monotone d’anhydrites massives avec des bancs métriques de dolomies fines et de calcaires et qui se termine par des calcaires dolomitiques bioclatiques et récifaux à Rudistes et qui a été attribuée au Turonien.

– La Fm. Ain Drima (Regaya et al., 2001) qui apparaît au SW de Gafsa au niveau du bassin de Métlaoui en discordance sur la Fm. Douleb, correspond à la partie supérieure de la Fm. Aleg. Il s’agit d’argiles et de marnes à Brachiopodes, Echinides, Inocérames et des lumachelles à Ostréas qui a été attribuée par les Géologues du Projet de Cartographie du Sud Tunisien (ONM) au Santonien supérieur-Campanien inférieur.

Un peu plus au Sud, au niveau de la chaîne des Chotts,  le Crétacé supérieur correspond à certaines unités informelles locales, qui ont été définie dans le cadre du Projet de Cartographie Géologique du Sud Tunisien. 

Dans l’Extrême Sud tunisien et au niveau de la plateforme saharienne, le Crétacé supérieur se poursuit au dessus du sommet du terme supérieur de la Fm. Merbeh el Asfer (ou Mb. Douiret), par une épaisse série argilo-carbonatée, de 70 à 300 m, qui souligne la plus grande transgression qu’a connue la marge nord du craton africain au cours de tout le Mésozoïque. Cette série comprend à sa base, la barre vraconienne (Mb. Radhouane), les alternances de marnes, de dolomies et de gypses du Cénomanien (Mb. Kerker)  et la barre cénomano-turonienne (Mb. Gattar). Les alternances à Knémicéras, qui dépassent pas vers le Sud, le môle de Tébaga, ont été attribuées à l’Albien moyen à supérieur, à sa base (Ben Youssef et al., 1985) et au Turonien à son sommet.

Cette importante série forme les grandes falaises de la limite orientale du plateau du Dahar qui pend légèrement vers l’Ouest et qui finit par disparaître sous les dunes du Grand Erg Oriental.

Sur le plan tectonique, le Crétacé supérieur est caractérisé par un calme orogénique relatif et par l’absence de tout apport détritique. Plus au Sud et au niveau de la plateforme saharienne, la transgression cénomanienne, qui a pu envahir de très vastes surfaces relativement plates, a pu déposer des séries épinéritiques à pénésalines très régulières et de faible épaisseur et qui ont été décrites sous des nominations locales.

Différents termes du Crétacé supérieur en Tunisie

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Le Crétacé inférieur en Tunisie

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Aptien récifal du massif du Jebel Serj

En Tunisie, le Crétacé inférieur est très remarquable aussi bien par la puissance que par la variabilité de ses dépôts. L’abondance des fossiles (Ammonites, Foraminifères) dans presque tous les niveaux, a permis d’établir de fines subdivisions biostratigraphiques. 

Ainsi, trois séquences sédimentaires ont pu y être distinguées : La première qui va du Jurassique terminal jusqu’au au Barrémien est régressive. Elle correspond dans le Nord du pays, à des dépôts marno-calcaires où les récurrences turbiditiques sont fréquentes. Plus au Sud, en Tunisie centrale et la plateforme saharienne, cette séquence correspond essentiellement à la mise en place d’un complexe terrigène progradant de type deltaïque.

Les deux séquences suivantes qui sont datées du Barrémo-Aptien sont transgressives à la base, puis régressives au sommet. Elles correspondent dans le Nord du pays, à des faciès carbonatés récifaux suivis par des marnes de mer ouverte. Ces faciès sont relayés en Tunisie Centrale et méridionale, par des dépôts carbonatés, terrigènes ou évaporitiques de type plateforme. 

La répartition des faciès et des épaisseurs des dépôts du Crétacé inférieur est ré­gie par des facteurs structuraux auxquels s’associe le début de mouvements halocinétiques du Trias.

La limite entre le Crétacé inférieur et le sommet du Jurassique est généralement difficile à établir sur le terrain et elle se situe généralement dans des dépôts dont la lithologie est plus ou moins la même. En effet, en Tunisie septentrionale et centrale, cette limite se situe au sein des argiles monotones de de la Fm. Sidi Khalif. Plus au Sud, au niveau de la plateforme saharienne, elle se situe au sein des faciès laguno-continentaux de la Fm. Merbeh et Asfer. Ces deux formations couvrent aussi bien la partie supérieure du Jurassique (Tithonien) que la partie inférieure du Crétacé (Berriasien).

Selon la charte stratigraphique internationale, la limite entre le Crétacé inférieur et le Crétacé supérieur correspond à la limite entre l’Aptien et l’Albien. Mais en Tunisie surtout centrale et méridionale, et au cours de l’Albien, des facteurs tectoniques ont été à l’origine de lacunes de sédimentation et d’une discordance majeure (M’Rabet, 1981 ; 1987). De ce fait, cette discontinuité majeure a été ainsi prise comme limite entre le Crétacé inférieur et le Crétacé supérieur.

Dans le Nord du Pays et aux environs SW de la ville de Tunis, le Crétacé inférieur est représentée par la Fm. M’Cherga (Memmi, 1989 ; Ben Ferjani et al., 1990), qui correspond à une épaisse série d’argiles et de marnes sombres à intercalations de calcaires ou de grès, qui renferme une riche faune d’Ammonites, de Bélemnites, de Foraminifères, de Brachiopodes, de Lamellibranches et de Gastéropodes. Cette série qui s’étend largement au SE du Jebel Oust, a été attribuée au Valanginien – Aptien.

En Tunisie centrale, le Crétacé inférieur débute généralement, par la Fm. Sidi Kralif  (Burollet, 1956), qui débute par des argiles et des marnes et qui se termine par des intercalations de calcaires gris.

SidKglf
Argiles de la Fm. Sidi Khalif

Cette série formée par des dépôts relativement tendres, occupe généralement les vastes dépressions qui s’étendent entre les reliefs formés respectivement par les calcaires de Nara et les dolomies de Méloussi. La présence d’Ammonites pyriteuses (Berriasella gr. boissieri), de Brachiopodes, de Bélemnites, de Crinoides, de Calpionelles, d’Ostracodes et de Coccolites, a permis d’attribuer cette série au Tithonien-Berriasien.

En Tunisie centre-Nord et au niveau des masifs du Jebel Bargou et du Jebel Serj, le Crétacé inférieur correspond essentiellement aux calcaires et aux dolomies massifs et récifaux de la Fm. Serj qui forme l’essentiel de l’ossature de ces reliefs. Cette série qui débute par des argiles sableuses, qui se poursuit par des calcaires subrécifaux noirs en bancs massifs riches en Rudistes et qui se termine par des marnes feuilletées et qui renferme des Hedbergelles et des Radiolaires, a été attribuée au Gargasien supérieur-Clansayésien.

Au SE de la ville de Makthar, le Crétacé inférieur qui forme les collines qui occupent le cœur de l’anticlinal de l’Oued Bahloul, se poursuit au dessus des calcaires récifaux de la Fm. Serj par la Fm. Fahdène (Burollet, 1956), qui correspond à un faciès argilo-marneux franchement marin. La moitié inférieure de cette série qui renferme de nombreux Echinodermes, Ammonites et Foraminifères, a été attribuée au Clansayésien-Albien.

Plus au NW et à l’Ouest de la ville de Tajérouine, le Crétacé inférieur se poursuit au dessus des calcaires de la Fm. Serj, qui forme l’ossature des massifs de Slata et d’El Haouareb, par la Fm. Hameima  (Burollet, 1956), qui correspond à une épaisse série d’argiles noires avec de nombreuses intercalations de grès, de dolomies et de calcaires bioclastiques.

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Fm. Hameima au Jebel Hamaima

La présence d’Orbitolines, d’Echinides, de Pélécypodes et de rares Ammonites dans certains niveaux de cette série qui occupe les pentes des massifs, ont permis de l’attribuer au Gargasien à Clansayésien.

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Ile de Kairouan

En Tunisie centrale et aux environs de Kairouan-Sidi Bou Zid, apparaît une zone émergée ou «Ile de Kairouan» (M’Rabet, 1987, p. 384) qui s’est individualisée au cours de l’Hauterivien-Barrémien. De part et d’autre de cette zone émergée, apparaissent vers le NW des hauts fonds caractérisés par des réductions d’épaisseurs et par des émersions successives et vers le SW, le bassin relativement subident de Gafsa.

Le bassin subsident et instable qui couvrait la région de Meknassy, Gafsa et Sidi Bou Zid et qui était le siège d’une sédimentation importante, subissait au cours du Crétacé inférieur, une succession de pulsations transgressives.

Ces dépôts épais, correspondent à la mégaséquence de dolomies, de sables, d’argiles et d’évaporites du super-groupe Meknassy (Burollet, 1956). Ce super-groupe correspond à un terme inférieur deltaïque ou Gpe. Sened (Berriasien-Hautérivien) et un terme supérieur transgressif ou Gpe. Gafsa (Hautérivien-Aptien).

Le Groupe Sened à caractère deltaïque débute par la :

Meknssy
Super-Gpe Meknassy

– La Fm. Méloussi qui repose sur le sommet des argile de laFm. Sidi Khalif et qui correspond à des sables blancs, fins à stratifications entrecroisées, qui alternent avec des dolomies, des calcaires organogènes, des quartzites rouges, des grès durs et des argiles. Ces dépôts essentiellement détritiques qui forment des reliefs relativement élevés, ont été attribués à l’Hautérivien-Barrémien inférieur (Burollet, 1956), au Berriasien inférieur – Hauterivien supérieur (M’Rabet, 1981) et au Berriasien supérieur-Valanginien dans des travaux plus récents.Différents éléments du super-Gpe Meknassy

– Ce groupe se poursuit par la Fm. Boudinar qui est entièrement formée par des sables grossiers, mal classés, de couleur blanc à jaune ou rose. Ces sables qui sont souvent friables et profondément érodés par les cours d’eau, peuvent parfois être bien cimentés et donner localement des grès durs et des quartzites qui renferment des restes de bois silicifiés.

Malgrès l’absence de faunes, ces sables ont été attribués au Barrémien-Aptien (Burollet, 1956) et à l’Hauterivien (M’Rabet, 1981).

Boudinr
Fm. Boudinar

– Le Gpe. Gafsa à caractère transgressif, débute par :

– La  Fm. Bou Hedma (Burollet, 1956) qui correspond à des alternances de grès, de calcaires, de dolomies et d’argiles, avec parfois d’importantes intercalations de gypse. Cette série à caractère lagunaire et qui renferme des Choffatelles, des Lamellibranches, des Gastéropodes et des Echinides, a été attribuée à l’Hauterivien supérieur-Barrémien (Damotte et al., 1987), au Barrémien-Bédoulien (M’Rabet, 1981) et à l’Hauterivien-Barrémien (Chekhma et al., 1990).

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Fm. Bou Hedma 

– Ce groupe se poursuit par la Fm. Sidi Aich (Burollet, 1956) qui correspond à une entité de sables fins avec de rares intercalations de lits carbonatés ou argileux. Ces sables à caractère fluvio-marin, ont été attribués au Bédoulien (M’Rabet, 1987) et au Barrémien supérieur pp. (Chekhma et al., 1990).

Le Gpe. Gafsa se termine par la Fm. Orbata (Burollet, 1956) qui correspond à une série essentiellement carbonatée avec des marnes, des grès et des gypses, qui renferment une riche faune de Pélécypodes, de Gastéropodes, de Céphalopodes et de grands Foraminifères. Ces dépôts à caractère néritique, sont attribués au Bédoulien pp.-Gargasien à Albien supérieur (M’Rabet, 1987).

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Jebel Orbata

De leur coté et dans cette même région, les géologues pétroliers de la SEREPT, ont pu définir dans le Crétacé inférieur, deux grandes séquences. La séquence d’Ouaddada (Boltenhagen, 1985) qui correspond à une série détritique qui débute par les sables blancs fins de Sidi Aich et qui se termine par la barre dolomitique massive de la partie inférieure de l’Orbata ou de celle de la Fm. Bou Laaba (Bismuth et al., 1981). Cette unité gréso-dolomitique qui est marquée à sa base et à son sommet, par deux discontinuités majeures, a été attribuée au sommet de l’Aptien inférieur. La séquence de Koudiat el Maaza (Boltenhagen, 1985) correspond aux calcaires dolomitiques massifs de la partie supérieure de la Fm. Orbata. Cette unité qui a été attribuée à l’Aptien, se termine par une discordance angulaire, un hiatus et ou une surface durcie.

Pour M’Rabet (1987), la Fm. Orbata correspond à un membre inférieur de dolomie bioclastiques massives, formant une corniche, avec par endroit des grains phosphatés, des traces de LamellibranchesChoffatelles, Ostracodes et Orbitolines qu’il rattache au Mb. Berrani  (Ben Youssef et al., 1985) ou au Mb. Sidi Boulaaba. (Bismuth et al., 1981). Ce membre avec les sables de la Fm. Sidi Aich, ont été regroupés par les géologues de la SEREPT, dans la séquence d’Ouaddada. Le membre moyen et le membre supérieur, formés par des alternances de calcaires bioclastiques, de marnes et de calcaire gréseux oolithique glauconieux et phosphaté renfermant des débris d’Echinides, des Serpules, des Rudistes et des Bryozoaires et correspondent à la séquence de Koudiat el Maaza (Bismuth et al., 1981).

Asfer
Différents termes du Gpe. Asfer

Un peu plus au Sud, au niveau de la chaîne des Chotts et dans le cadre du Projet de Cartographie Géologique du Sud Tunisien, certaines unités informelles ont été définies dans le Crétacé inférieur de la région.

Plus au Sud et au niveau des grandes falaises du plateau du Dahar, le Crétacé inférieur correspond en grande partie aux termes moyen et supérieur du Fm. ou Gpe. Merbeh el Asfer. Ainsi et au dessus de la grande discontinuité du sommet de la Fm. Bir Miteur (terme inférieur de cette même formation), le Crétacé inférieur correspond de bas en haut à :

– La Fm. Boulouha (Ouaja, 2002, p. 16), terme moyen de la Fm. Asfer qui débute par des conglomérats lenticulaires à ossements de Vertébrés et en troncs d’arbresqui se poursuit par des sables fins et des argiles sableuses rouges et qui se termine par une barre de dolomie jaune à Nautiles, Brachiopodes et Polypiers (Peybernes et al., 1996). Cette série limitée à sa base et à son sommet par deux surfaces érosives à caractère régional, a été attribuée à l’Hautérivien ? – Barrémien puis au Barrémien-Bédoulien inférieur (Ouaja, 2000, p. 86).

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Fm. Merbeh Asfer (Ph. W. Marzouki)

– La Fm. Douiret (Burollet et Dumestre, 1952), terme supérieur de la Fm. Asfer, affleure largement et de manière continue depuis le Jebel Heddada, situé au Nord du village de Chénini, jusqu’à Nalout en Lybie). Cette série qui correspond à une épaisse couche d’argiles vertes à minces intercalations dolomitiques et à empruntes de végétaux Ptéridophytes et de Gymnospermes très bien conservées (Barale et al., 1997 ; Barale et Ouaja, 2001), a été attribuée au Barrémien-Aptien.

Douirett
Fm. Douiret

– Les grès de la Fm. Chénini (Burollet et Magner, 1963) qui ravinent le sommet de la Fm. Asfer (Mb. Douiret), débute par des conglomérats et se poursuit par des grès grossiers à dragées de quartz, à bois silicifiés et des restes de Dinosaures et de Sélaciens. Cette série détritique est attribuée au Gargasien-Albien inférieur.

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Grès de Chéninni (Ph. W. Marzouki)

Dans les grès de Chénini, désignés par Ben Ismail (1991) par la Fm. Ain Guettar, Zarbout et Ghanmi (1993) on pu distinguer un membre inférieur ou Mb. Chénini de grès grossiers à dragées de quartz et à base conglomératique ravinante et vertébrés et un membre supérieur ou Mb. Oum Diab de sables fins, riches en paillettes de micas et en débris de vertébrés.

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Différents termes du Crétacé inférieur de Tunisie

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Le Jurassique du Sud tunisien

Dans l’Extrême Sud tunisien, les affleurements du Jurassique couvrent largement la plateforme saharienne et forment les derniers reliefs occidentaux du bassin de la plaine de la Jeffara et les premières falaises orientales du plateau du Dahar.

En suivant l’évolution verticale et les changements dans la nature des dépôts, les auteurs ayant travaillé dans la région, ont pu distinguer dans ce système et de bas en haut, les différentes unités lithostratigraphiques suivantes  :

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Différents termes du Jurassique du Sud tunisien

* Les Evaporites de Bhir (Bouaziz, 1986, p. 27) ou Evaporites inférieures (Busson, 1967) qui  reposent sur les dolomies de Messaoudi du sommet du Trias (Norien-Rhétien), occupent toute la plaine de Ksar Bhir qui s’étend à l’Est de la ville de Tataouine. Cette série débute par des argiles à intercalations de sel gemme, se poursuit par un niveau de dolomie laminée et à oolithes et se termine par des évaporites de gypses, d’anhydrite et de sel gemme. A la suite de la découverte d’une riche association de foraminifères benthiques (Kamoun et al., 1994), ces évaporites ont été attribuées au Rhétien-Sinémurien. Les évaporites de Bhir correspondent ainsi au passage entre le sommet du Trias et la base du Jurassique.

* Les Calcaires de Zmilet Haber (Busson, 1967) ou «Horizon B» des pétroliers correspondent à une dalle de calcaire dolomitique, souvent oolithique et à débris de Lamellibranches. Pour longtemps considérée comme la base du Lias (Busson, 1967), cette dalle, grâce à des découvertes plaéontologiques récentes, a été rajeunie et attribuée au Pliensbachien (Peybernes et al., 1985 ; Bouaziz et al., 1994). Cette dalle carbonatée se termine par une grande discontinuité d’une valeur régionale.

* Les Evaporites de la Mestaoua (Busson, 1967) ou Evaporites supérieures qui occupent la vaste plaine du même nom et qui s’étend à l’Est de Tataouine. Elles correspondent à une épaisse série de gypse et d’anhydrite admettant des bancs de dolomies qui deviennent de plus en plus nombreux vers le sommet. Par sa position au dessus des calcaires de Zmilet Haber et sous les dolomies de Krachoua, ces évaporites qui renferment des tests de Bivalves, des Gastéropodes, des Ostracodes et des débris d’Oursins, sont attribuées au Lias supérieur – Aalénien.

Mestaoua (2)
Evaporites de la Mestaoua

* Les Dolomies de Krachoua (Busson, 1967) qui forment les falaises qui s’étendent à quelques km au SE de Tataouine, annoncent les premières incursions marines du Jurassique du Sud tunisien. Cette série correspond à des calcaires durs et résistants, à faune marine de Lamellibranches, de Brachiopodes et d’Algues qui ont permis à Peybernes et al., (1985), Bouaziz et al., (1987) et Ben Ismail et al., (1991) de lui attribuer un âge Bajocien. Ces dolomies se terminent par une importante discontinuité régionale à la base des grès de Téchout.

* Les Argiles et les grès de Téchout (Busson, 1967) qui forment la combe autour du village de Ksar Ezzahra, s’étendent entre les falaises de calcaires de Krachoua et les calcaires de la partie inférieure de la Fm. Tataouine. Cette série débute par des argiles avec des bancs gypseux et des calcaires fossilifères et se poursuit par des argiles sableuses et des sables fins à moyens, à bois fossiles et des bancs de dolomies lumachelliques. La découverte de Vertébrés et de Brachiopodesdans la Fm. Téchout a permis à Busson (1967) et Bouaziz et al., (1987) de lui attribuer un âge Bathonien.

Peybernes et al., (1985) et Bouaziz et Mello (1987) ont subdivisé les argiles et grès de Téchout en un terme inférieur ou Mb. Zahra argilo-gypseux et avec des bancs de dolomies et de calcaires fossilifères à Brachiopodes et Lamellibranches et un terme supérieur ou Mb. Manad de sables à stratifications obliques et des restes de Vertébrés, d’argiles sableuses verdâtres et de dolomies bioclastiques. Dans la partie supérieure de ce dernier terme, Barale et al., (2000) ont pu mettre en évidence un gisement riche en empreintes de Conifères et de Fougères (in. Srarfi, 2006, p. 35).Différents éléments du Jurassique du Sud

TatanLog
Différents termes de la Fm. Tataouine

* Les calcaires et les marnes de Foum Tataouine (Busson, 1967)appelés également «série callovienne et oxfordienne», correspondent aux faciès les plus marins du Jurassique qui sont facilement repérables au niveau des grandes falaises du plateau de Dahar. Ces faciès qui s’étendent depuis le Sud du massif du Tébaga de Médenine jusqu’à la frontière tuniso-lybienne, correspondent à des alternances de marnes et de calcaires à Dasycladales et foraminifères benthiques et des calcaires fossilifères à MadréporairesBrachiopodesNautilesAmmonites et Echinides. Cette série qui est couronnée par une grande dalle de calcaire massif, est attribuée au Bathonien supérieur à Oxfordien.

Reprise par Peybernes et al., (1985) et Bouaziz et Mello (1987) et en se basant sur des coupures lithologiques, cette formation a été subdivisée de bas en haut en 5 membres distincts :

  • Le Mb. Béni Oussid I qui débute par une importante barre carbonatée, se poursuit par une série argileuse avec des intercalations de calcaires bioclastiques, parfois lumachelliques, à Trigonies, Ostreidés et Echinodermes et se termine par un grand replat formé par des dolomies cristallines bioturbées. Le Mb. Béni Oussid II qui débute par des sables fins et des argiles gypseuses, se poursuit par des calcaires grumeleux fossilifères et se termine par une barre de calcaire bioconstruit formant un grand replat.

Pour Ouaja (2003), il serait difficile de pouvoir distinguer lithologiquement ces deux membres et il propose de les regrouper en un seul membre, le Mb. Béni Oussidsans aucune distinction.

  • Le Mb. Khechem el Miitqui correspond au terme moyen de la Fm. ou Gpe. Foum Tataouine, débute par un niveau de calcarénites blancs grumeleux fossilifères baptisé «niveau Kedima» ou «niveau Sedra» (Bouaziz et Mello, 1987), se poursuit par des marnes jaunâtres fossilifères, riches en Brachiopodes et Echinodermes et se termine par un deuxième niveau de calcaires grumeleux fossilifères, riches en Lamellibranches, Gastéropodes, Céphalopodes, Brachiopodes, Echinodermes, Bryozoaires, Eponges et Coraux. Cette série qui est couronnée par des passées sableuses avec des restes de plantes et de Vertébrés, est attribué au Callovien moyen à supérieur.
  • Le Mb. Ghomrassène, qui correspond à l’avant dernier terme de la Fm. Foum Tataouine,correspond à une dalle de calcaires massifs, oolithiques récifaux et à Polypiers qui peut être suivie sur plus de 200 km, depuis Béni Kheddache, au Nord, jusqu’à Déhibat, sur la frontière tuniso-lybienne, au Sud. Vers le haut, ces calcaires montrent des faciès à tendance bio-construite aboutissant à de véritables biohermes à Eponges et Coraux.
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Calcaires du Mb. Ghomrassen

– Le Mb. Ksar Haddada, dernier terme de la Fm. Foum Tataouine correspond au dessus de la barre de Ghomrassène, à une série formée essentiellement par des argiles carbonatées et des calcaires fossilifères, parfois lumachelliques riches en Oursins et en Nautiles et qui montrent vers leur sommet, des intercalations de dolomies gréseuses.

Cette série est attribuée à l’Oxfordien (Peybernes et al., 1985) et au Callovien supérieur (Ben Ismail et al., 1989).

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Mb. Ksar Heddada

* La Fm. Merbah el Asfer (Burollet et Dumestre, 1952 ; Busson, 1967) correspond à un complexe monotone de conglomérats, à grosses dragées de quartz, de sables et de grès à stratifications obliques et à bois flottés, des argiles, du gypse, des marnes et des dolomies, qui affleure largement sur plus 100 km au pied de la grande falaise crétacée, bordant le plateau du Dahar.

A sa base cette série débute par  :

– La Fm. Bir miteur (Burollet et Dumestre, 1952 ; Bouaziz, 1989 ; Kamoun, 1989 et Ouaja, 2002), terme inférieur qui correspond au Continental Intercalaire ou Purbecko-Wealdien (Busson, 1976), à tendance nettement continentale.

BirMiter (1)Série de Bir Miteur

Il s’agit de sables, d’argiles sableuses et de bancs dolomitiques riches en Madréporaires, en Stromatholites et en moules de Lamellibranches et de Gastéropodes qui ont été attribués au Kimméridgien (Peybernes et al., 1985 ; Kamoun et al., 1992). Ouaja et al., (2002), ont pu mettre en évidence dans les niveaux sableux, des troncs de conifères et des stipes de fougères hématitisées ou silicifiés.

Une importante lacune entre la Fm. Bir Miteur (Kimméridgien) et la Fm. Boulouha de la base du Crétacé inférieur, marque dans le Sud tunisien, le passage entre le Jurassique supérieur et le Crétacé inférieur.

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